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Chronique : Top 10 : The Forty-Niners

Auteur(s) : Alan Moore, Gene Ha.

Alan Moore est l’un des scénaristes de comics les plus pro-homos. Il n’y a qu’à voir la façon dont il a fait d’une relation lesbienne le pivot émotionnel de V Pour Vendetta, ou son superbe Miroir de l’Amour, qui contait l’histoire de l’homosexualité. Mais avec cet album dessiné par Gene Ha, il nous donne quelque chose que nous n’avons malheureusement pas l’habitude de voir : une histoire de flics avec en son cœur la naissance d’un amour entre deux hommes.

Top 10 (ou Top Ten, c’est selon) est une série réalisée entre 2000 et 2001, qui mettait en scène les membres d’un commissariat pas comme les autres : leur ville de Neopolis ayant été utilisée après la Deuxième Guerre mondiale comme destination d’un transfert de population pour toutes les personnes sortant de l’ordinaire (celles douées de super-pouvoirs, celles qui avaient pris l’habitude de se déguiser pour “combattre le crime”, les mutants, les robots, etc.), ils étaient eux-mêmes tous en costume et utilisaient leurs pouvoirs dans le cadre de leurs fonctions. Parmi eux se trouvaient une jeune lesbienne, ainsi que le capitaine Steve Traynor, homme âgé dont on comprenait au fil de la série qu’il était dans le placard mais vivait avec son compagnon.

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Steve et Wulf

Top 10 : The Forty-Niners, paru aux USA en 2005, raconte l’origine de Neopolis. En 1949, Steve Traynor est un adolescent de 16 ans contraint de venir s’y installer. Bien que sans super-pouvoir, Steve, encore enfant, avait été pendant la guerre un pilote hors-classe, et il faisait donc partie des indésirables envoyés dans une Neopolis alors en pleine construction. Il y rencontre rapidement une ancienne combattante allemande anti-nazi qui décide d’intégrer le tout nouveau département de la police, ainsi qu’un groupe de pilotes (qui rappellent furieusement les Blackhawks, célèbres personnages de comics de l’époque), dont Wulf, un homme dans la vingtaine, avec qui il se lie rapidement d’amitié. Mais d’autres immigrants ont aussi pris pied dans la ville, dont la Cosa Nosferatu, une mafia composée, bien sûr, de vampires.
L’intrigue de l’album va donc entremêler le début de l’histoire d’amour entre Steve et Wulf et le combat de la police contre les vampires, dans lequel Steve se retrouvera impliqué.

Gene Ha, assisté de Art Lyon aux couleurs (et quelles couleurs !), réalise ici un travail remarquable. Ses personnages sont très crédibles, et leurs types physiques sont beaucoup plus variés que ce que l’on voit habituellement dans la BD de super-héros. En fait, la variété physique et ethnique de cette série rappelle bien plus celle de séries télé réalistes mettant en scènes des flics que celle de films de super-héros.

Comme tous les bonnes BD de Moore, Top 10 propose plusieurs niveaux de lecture. Si le principe de la série donne l’occasion à Moore et Ha de mélanger avec beaucoup d’humour personnages originaux et références à des dizaines de personnages de comics venus d’horizons divers, l’extrême diversité des protagonistes amène naturellement les intrigues vers des thématiques réalistes, comme les problèmes de préjugés dans la société, là encore en mélangeant fantastique (un racisme anti-robots, par exemple) et réalisme (la place des personnages homos et leur façon de trouver un équilibre entre vie publique et vie privée). La différence d’âge entre Steve et Wulf lors de leur rencontre avait ainsi été abordée dans la série, et mise en opposition avec une affaire de pédophilie à laquelle étaient confrontés les policiers de Top 10.

Notons enfin que cet album peut se lire seul sans aucun problème, les deux collections reprenant la série n’étant d’ailleurs plus très faciles à trouver actuellement. Les bons comics d’aventure mettant en scène des personnages homos sont plutôt rares, et il est encore plus rare qu’ils soient aussi bien écrits et dessinés. Mais on ne pouvait en attendre moins d’Alan Moore, après tout.